"L'être humain naît nu, faible, et mou, et le demeure.
Il n'a pas toison pour lui tenir chaud, sauf sur la tête et au menton où elle est superflue, sous les bras où elle nécessite le déodorant, et en triangle fléché vers le sexe, comme si le partenaire intéressé avait besoin de cette indication pour savoir où le trouver.
L'homme...
L'homme n'a pas de carapace pour le protéger contre les pinces d'autrui, comme le homard, ou pour y retirer à l'abri sa tête et ses pieds, comme la tortue. S'il rencontre une épine, il se troue.
Il ne court pas comme l'antilope. Un beau film nous a montré un athlète gagnant une compétition aux jeux Olympiques. Prises de vues sensationnelles, plans de plus en plus gros de son visage convulsé par l'effort. Ralentis, plans énormes, plan fixe, victoire! Il a gagné! Ravagé, le héros s'écroule, à demi-mort. Qu'a t-il fait? Il a couru cent mètres... N'import quel gros, moyen ou petit chien l'eût dépassé en gambadant et tirant la langue, non d'épuisement, mais de plaisir.
Il n'entend pas comme le chat, ne voit pas comme l'aigle, ne s'oriente pas comme le pigeon, ne sent pas son partenaire sexuel à dix kilomètres comme le papillon, ne vole pas comme la mouche, ne saut pas comme la puce. Il nage vingt mètres et se noie. C'est du moins ce qui m'arriverait si je tentais cet exploit. Même si vous êtes bon nageur, pour le reste vous ne valez pas mieux que moi...
L'homme est l'animal le plus fragile, le plus désarmé, le plus incapable de toute la nature, après le ver de terre. Encore ce dernier, tant qu'il reste dans son trou, n'a-t-il rien à craindre du merle. Et pour faire son marché, pas de problème: il se nourrit des murs de son appartement. Et si un coup de bêche le coupe en deux, chaque moitié redevient un ver complet.
Pauvre homme...
Sous une forme ou sous une autre, j'ai déjà dit, écrit, exposé, ce bilan des incapacités humaines. Mais il est bon, il est même nécessaire, de répéter les vérités essentielles, surtout lorsqu'elles sont si évidentes que personne n'en a plus conscience.
Pour survivre, l'homme a donc dû se battre contre des créatures plus fortes et mieux armées que lui. Même s'il prenait garde de ne pas les affronter, et tentait de subsister en cueillant des mûres, sa délicatesse végétarienne ne l'empêchait pas, tandis qu'il déterrait une racine de chiendent, de recevoir sur le dos une panthère ou un loup qui le trouvait à son goût.
Comment se défendre? Fautes de crocs et des griffes que la nature lui avait refusés, il a dû se fabriquer des armes et, pour les fabriquer, inventer des outils.
Ces outils, lentement perfectionnés au cours des millénaires, lui ont permis de prolonger à l'infini la portée de ses sens bornés. Aujourd'hui, il entend et voit un orateur prononcer un discours de l'autre côté de la Terre, il entend les étoiles et voit les profondeurs de l'univers et de l'atome. Il vole plus haut que l'aigle, nage dans des profondeurs que les poissons n'osent pas fréquenter, ne court pas comme la gazelle, mais roule plus vite qu'elle.
Voilà donc l'homme, au départ aussi nu qu'une huître sans coquille, pourvu aujourd'hui de moyens de défense, d'expansion et de connaissances tels qu'aucune autre créature n'en possède. Il peut, non sans exaltation, regarder l'horizon qui se présente à lui, l'espace et le temps sans limites.
C'est le moment où tout peut commencer. Ou finir."
Demain le Paradis, 1986. René Barjavel (1911-1985)
Voilà, une des petites perles que l'on peut trouver dans les Suzzalo et Allen Libraries, bibliothèques de l'UW (prononcez "YOUDUB") dont je vous parlais dans un article précédent. Donc aujourd'hui, panne d'inspiration et comment pourrait-il en être autrement après avoir lu ces lignes écrites il y a vingt ans?? Toujours d'actualité, si l'on en fait une lecture différente, tant l'oeuvre de Barjavel est marquée par la bombe atomique, qui menaçait de réduire à néant la civilisation humaine et tout ce qui va avec au moindre éternuement non annoncé d'un des belligérants. Aujourd'hui la menace est moins éclatante(!!) mais les sonnettes d'alarme concernant la mise en danger de notre environnement ont été tirées et on ne pourra pas dire, plus tard, à nos petits enfants, que l'on ne savait pas...
Comme tout article de ce blog, se doit d'être accompagné d'une image, voici pour compléter la série de photos de bibliothèques, celle municipale se trouvant downtown et qui aurait pu certainement se trouver dans un des romans d'anticipation de Barjavel (pour plus de détails: http://barjaweb.free.fr)
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dimanche 1 avril 2007
Archéo, géo, ethno, botanique et...littérature:quel blog!!
lundi 12 mars 2007
Pi Pi Kappa!!
Comme le laissait présager le titre de cet article, hormis l'intérêt purement photographique (éloigné de tout esthétisme, il faut le reconnaître), le contenu est très pauvre, ayant assez peu d'informations à vous transmettre, sur l'origine, la raison d'être et le devenir de ces institutions. Il faut l'avouer, je n'ai pas ma carte d'entrée à Pi Kappa Phi, et encore moins, à mon grand regret, chez les Alpha Xi Delta... La vie est parfois cruelle!
y sont forts ces américains...
Ceux qui, par retour de mail, s'étaient extasiés devant le department of anthropology que l'on peut également admirer ici (à noter, dans la tour de droite, sous le toit conique, c'est mon bureau, enfin plutôt le labo où je travaille http://depts.washington.edu/digarlab/, parenthèse dans la parenthèse(allez voir ça http://depts.washington.edu/digarlab/balagne/2006_photos/index.html) la vue serait magnifique sur les montagnes, le lake washington et même peut-être le Pudget Sound, enfin je sais pas parce qu'il n'y a pas de fenêtre!!!...???) et bien, ils vont tomber en pamoison devant les Suzzallo and Allen libraries (deux pour le prix d'une!).
Autre détail qui à son importance: quasiment tous les ouvrages sont directement accessibles sur pas moins de 4 étages. Dans certaines bibliothèques, parfois, on cherche la référence sur un ordinateur, on passe commande et les bouquins arrivent et on a jamais le plaisir de se promener dans le silence des bouquins qui dorment... Ici, c'est tout le contraire, à tel point, qu'il faut bien l'avouer, lorsque je vais à la bibliothèque, je m'équipe comme si je partais en expédition: des chaussures de marche pour arpenter les rayons qui n'en finissent pas, un bon plan de la bibliothèque pour trouver les références, un fil d'ariane que je tends dès la sortie de l'ascenseur pour ne pas me perdre et si je me perds, de la nourriture (pour faire comme le petit poucet?) et de la boisson (que j'ai le droit d'apporter dans un travel mug - voir article publié précédemment!) font partie de mon paquetage afin de me sustenter...
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